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Récit

« Tout est prêt, l’aventure peut commencer… »

A 10 jours du départ, les pilotes partent un week-end à Périgueux pour rafraîchir leurs connaissances des machines et préparer le nécessaire en cas de problème mécanique.
Les 27 et 28 juillet, les cinq membres de l’équipe arrivent tour à tour dans le Périgord pour préparer les avions. Il s’agit surtout de répartir les 600 kg de matériel scolaire qui n’ont pas pu partir par la ligne en respectant la masse maximale et le centrage de chaque avion.
 

L’aube se lève ce samedi 29 juillet lorsque nous mettons les moteurs en route… Les deux moteurs de 210 CV du Fox-BVIT démarrent sans problème. Petit souci en revanche pour le Novembre-337JR : le démarreur reste muet : La batterie s’est-elle déchargée la nuit dernière ?
. Matthieu se dévoue alors pour aller brasser l’hélice, le moteur avant démarre puis l’arrière grâce à l’alternateur avant. La batterie devrait être rechargée à notre arrivée en Espagne,
L’aventure peut enfin commencer. Notre première étape est Séville, après un premier vol de 4h30 au-dessus des Pyrénées et de la campagne espagnole. Pendant ce vol, nous voulons tester un nouveau paramétrage des moteurs (pression d’admission, régime moteur, richesse) conforme au manuel de vol et censé améliorer notre vitesse et notre consommation… Au final c’est 20 litres en plus à l’heure, soit 80 L/h, pour un gain de 5 kt ! L’expérience et les conseils de Jean Claude Rigal (Périgord Travail Aérien, le loueur des avions), prévalent  !
 

Une fois les formalités aéroportuaires et les pleins faits, nous remontons dans les avions, direction Agadir pensions-nous, pour y passer la nuit. Mais mauvaise surprise : les problèmes de batterie que nous pensions résolus après un vol de plus de 4h étaient toujours bien là :, Les moteurs du N337JR restent muets Le diagnostic est vite rendu, la batterie est décédée ! L’équipe fait alors des pieds et des mains pour trouver une batterie de C337 en état de marche (car elle lui est spécifique). Justement, une entreprise qui en exploite pour  la surveillance des feux de forêts se trouve sur la plateforme, Mais tout le monde est en vol en ce milieu d’après-midi : A cette époque l’Espagne et le Portugal sont en flammes. A la descente de son avion, après 8 heures de vol, José, notre dépanneur espagnol, nous assure de son aide pour le lendemain.

Une nuit et une séance de bricolage plus tard, nous décollons enfin pour Agadir. Vertical Tanger, petit 360° incongru imposé par le contrôle en raison du décollage d’un avion 7000 ft en dessous… Soit !
Arrivée en Afrique ! A Agadir, nous effectuons une très rapide escale, le temps de refaire les pleins et de faire les yeux doux au bureau de piste pour obtenir l'autorisation spéciale de nous poser sur le terrain militaire de Laayoune, notre prochaine étape où nous passerons la nuit.
Les Antonov de l'ONU y sont omniprésents. Des paysages immenses et une ville coupée de tout, au milieu du désert. Une partie du cheminement VFR, qui nous a permis de rejoindre Laayoune, longe la côte, un délice pour les yeux.
 

 
Décidément, l’attente sur le tarmac commence à être une habitude. Après cette première nuit en Afrique, plus précisément au Sahara Occidental, notre contact à Atar en Mauritanie nous indique que la visibilité est réduite : 5 km ou juste 100 m de visi ? En l’absence d’une réelle information météo, difficile de savoir… La prudence est de mise et nous décidons de reporter notre vol au lendemain après avoir passé quelques heures sous les ailes des avions à nous décider… Retour dans Laayoune : c’est une belle ville qui mérite d’être visitée ! En fin d’après-midi, nous prenons le bus pour admirer le coucher du Soleil sur la plage, le soir nous rencontrons un jeune qui nous fait faire la visite du marché aux épices : splendide !
2 août : Nous repartons pour Atar, la capitale de l’Adrar, région désertique Saharienne, principalement peuplée de nomades. Petite curiosité au roulage : nous croisons un drone Prédator sur le taxiway voisin… Le contrôle de Laayoune nous oblige, au départ, à suivre le cheminement VFR qui passe par la côte, Dakhla, Nouadhibou, puis ensuite plein Est vers Atar, bref un coûteux détour, à la place d’une directe Atar qui nous aurait laissé plus d’autonomie en cas de déroutement. Heureusement, une fois en vol, « Canaries Info », plus compréhensif, nous autorise la modification de plan de vol : direct Atar ! Ce qui nous permettra d’économiser une heure de vol et autant d’essence…
C’est d’ailleurs notre premier souci sur le terrain. La montée du prix du baril conjugué à l’arrêt de la production du 100LL par la raffinerie marocaine de Casablanca (l’Avgas vient maintenant de Hollande !) a fait exploser le prix de l’or bleu ainsi que sa disponibilité.
 

Dès notre arrivée, sous la chaleur écrasante propre au pays et au mois d’Août, nous allons rencontrer notre contact, Ahmed, qui a mis trois barils de 200 litres de côté provenant de l’armée de l’air, qu’il a obtenu grâce à son cousin, commandant de la base !. Pendant que nous déchargeons nos avions, un pilote de chasse (i.e. un pilote de Cessna 337 mauritanien) vient discuter avec nous et nous conseille de repartir dès le lendemain matin. Sans bien comprendre pourquoi, nous lui répondons que nous avons pas mal à faire sur place : nous devons rencontrer les personnes bénéficiaires de nos colis, principalement scolaires ici, et préparer la venue à Atar de l’équipe Estacaide arrivée depuis 2 jours à Nouakchott, la capitale. Nous prévoyons donc un départ le surlendemain…

« Coup d’état en Mauritanie »

C’est après avoir passé notre première nuit dans le désert avec les nomades que nous apprenons, lors d’un passage à un poste de police, qu’un coup d’état vient de se jouer dans la capitale pendant que le président mauritanien s’est rendu aux obsèques du roi d’Arabie Saoudite. La nouvelle est plutôt bien accueillie au sein de la population, « c’est la voie démocratique pour obtenir des élections » nous dit-on. Ce fut donc un coup d’état calme, tout simplement orchestré par l’armée en place, d’où les conseils du pilote la veille... Seul problème pour nous l’aéroport est barricadé et gardé par l’armée jusqu'à nouvel ordre. Les vols réguliers sont détournés sur des aéroports étrangers et les routes entre les villes sont également bloquées.
 

Nous ne pouvons nous empêcher de repenser au rôle de ce Galaxy de l’US Air Force arrivé à Atar dans la plus grande discrétion la veille, une heure après notre propre atterrissage et qui a livré quelques tonnes de « matériel » aux militaires mauritaniens… Commence alors pour nous une période d’attente ponctuée d’espoirs et de désillusions de pouvoir repartir. Ce n’est pas que le confort soit une priorité pour nous, mais l’idée de pouvoir rester bloqués là pendant plusieurs semaines ne nous réjouit guère.
Finalement, après deux jours d’attente et compte tenu du bon déroulement du putch, nous obtenons l’autorisation spéciale de décoller par le commandant de la base : merci Ahmed ! On dépose nos colis humanitaires à destination de l’équipe Estacaide toujours retenue à Nouakchott. Le plein reste à effectuer : épique car pas de pompes ! Nous remplissons les avions en siphonnant nos 3 fûts d'essence de 200L (à la bouche) dans des jerricans de 25L que l'on vide ensuite dans les réservoirs d'ailes, soit 24 jerricans au total...
 

Deux heures et quelques tasses d'essence plus tard, nous voilà en l'air. Une navigation sans écueil à travers le Sahara. Une chaleur plombante et des turbulences mettent Romain, le copilote du "fox", temporairement hors service pour cause d'indigestion liée à l'Avgas.
Tous les moyens radio sur notre route sont HS, c'est donc au cap et à la montre... sans aucun repère, excepté les nuances de jaune du sable que nous poursuivons notre route. Bref, merci le GPS !
Tout cela vire au vert et au marécage à l'approche de Mopti (Mali). Nous réussissons à faire relayer nos appels vers le contrôle de Bamako par un Learjet volant au FL350 et nous nous posons comme des fleurs. Quel accueil ! Les Maliens sont des gens très chaleureux et souriants.
 

« Mali, Burkina Faso puis Sénégal »

Nous rejoignons enfin l’équipe NovahMali qui se faisait, comme nos familles et partenaires en France, beaucoup de souci quant à notre situation en Mauritanie.
Nous rencontrons Ely, conseiller technique d'Eau Vive, l’ONG partenaire à qui nous remettons le matériel que nous avons dans nos avions pour le Mali, Nous le reverrons dans une semaine à Bamako. Nous décompressons enfin ! Nous avons l'opportunité de faire une petite promenade en pinasse avec NovahMali, sur les eaux du Niger, durant laquelle nous échangeons sur nos itinéraires respectifs.
 

Mercredi 10 Août, nous décollons de Mopti à destination de Ouagadougou (Burkina Faso) avec un avion seulement  : c’est suffisant pour le matériel restant à acheminer à Ouaga et surtout économique ! La météo est plutôt pluvieuse, le parcours nous amène à survoler les magnifiques falaises de Bandiagara. A l'aéroport, nous sommes accueillis par Clément et Ousséni, les responsables de l’ONG Eau Vive au Burkina. Après avoir fait l'inventaire du matériel humanitaire, nous mettons en place le planning des distributions et des rencontres dans la province Burkinabé.
Nous effectuons ainsi la visite de 2 villages ciblés par Eau Vive (Yalgalatenga et Bouloum Nabiyri) où un accueil extrêmement chaleureux et touchant nous est réservé.
 

A Yalgatenga, à un kilomètre de l’arrivée et après une heure et demie de route, notre piste est coupée en raison d'une montée des eaux provoquée par les récentes pluies. Une partie du village est venue nous accueillir et nous aide à transporter nos cartons de médicaments et le matériel médical apporté par le Médecin Chef de District. Nous prenons ensuite tous part à une réunion de village sous le grand arbre : les femmes sont présentes et entonnent des chants africains. Après un verre de Zongo (mil, eau et sucre) chacun prend la parole afin de préciser le but de notre venue et remercier pour l'accueil réservé.
Nous visitons ensuite les locaux du dispensaire et de la maternité et rencontrons le futur infirmier qui dispensera les médicaments que nous lui avons amenés.
Les sages du village ont souhaité nous remercier pour tout le chemin parcouru pour arriver jusqu'a eux et nous ont offert deux poulets vivants et une trentaine d'œufs ! Un cadeau d'une grande valeur pour ce village modeste mais dont la population est extrêmement dynamique et chaleureuse.
 

La visite du village de Bouloum Nabiyri suit le même programme. Nous profitons en plus cette fois d'un discours très intéressant de Clément à la population qui nous permet, nous-mêmes, de mieux cerner notre action :
"Si nous sommes ici aujourd'hui, ce n'est pas pour changer les choses ; nous sommes là pour apporter notre soutien à des gens qui ont déjà leurs solutions et accompagner une dynamique existante".

Vendredi 12, après avoir décollé vers 10h de Ouagadougou, nous atterrissons à Bamako 3 heures plus tard. Quelques formalités douanières, gardiennage de l'appareil, et bakchichs plus tard, nous faisons l'inventaire des 800 kg de matériel acheminé de la même manière qu'à Ouagadougou, par la messagerie médicale d’Aviation Sans Frontière ; ici est arrivé le matériel pour le Mali mais aussi pour le Sénégal. Nous retrouvons Ely d’Eau Vive.
Enfin attablés pour nous restaurer, nous commandons du poisson. C’est alors que, subitement, nous réalisons que pour décoller dimanche de Bamako avec nos 2 avions (dont l'un est resté à Mopti), il va falloir agir vite ! A 18h, il y a un bus en partance pour Mopti… mais il est déjà parti ! Avec le 4x4 d’Ely nous le rattrapons sur la route : Aurélien et Matthieu sautent dedans et Adrien reste sur Bamako pour préparer le chargement des avions le lendemain. Le poisson reste seul dans les assiettes !...
A 4h du matin, Auré et Matthieu arrivent à Sévaré (proche de Mopti) ; lâchés au milieu de nulle part par le bus, nous tombons sur le DJ et le videur du Night-club local qui nous guidera jusqu'au centre Jean Bosco, notre lieu d'hébergement.
A 4h30, on s'endort. Lever à 6h30, une douche, un bout de pain et une tasse de thé plus tard, nous sommes heureux de revoir l'équipe de NovahMali qui revient de Tombouctou. Elle est plutôt étonnée de nous retrouver là !
Puis en route pour l'aéroport de Mopti. On retrouve le "Fox" resté tout seul presque une semaine. Le plein effectué, nous partons pour Bamako où nous atterrissons 2h30 plus tard à 10h30.
Nous retrouvons Adrien et Ely qui arrivent avec les cartons à destination du Sénégal : Il s'agit presque exclusivement de matériel médical hospitalier pour Tambacounda (trousses opératoires, pansements, sondes, cathéters) que le Lion's Club de Roissy nous a confié.
 

Ca rentre juste : Les avions sont pleins à craquer, Matthieu a des cartons comme copilote !
Il  reste quelques heures pour faire un peu le tour de la ville avec Ely et surtout déjeuner pour Aurélien et Matthieu qui n'ont rien avalé depuis plus de 24h.

Dimanche matin, comme prévu, nous décollons donc pour Tambacounda (Est du Sénégal). Nous ne sommes plus que 3 pilotes pour les 2 avions : Adrien et Romain ont dû regagner la France samedi, les congés sont terminés. Sylvain, pilote professionnel, instructeur et commissaire sur le Tour de France des Jeunes Pilotes, nous a rejoints à Bamako. La météo est nuageuse, quelques turbulences, nous passons "au-dessus de la couche", le temps y est plus calme.
 

Nous atterrissons à Tambacounda, où nous retrouvons un des avions d'Aviation Sans Frontières. Celui-ci est basé ici afin d'effectuer des évacuations sanitaires de Tambacounda vers Dakar. Nous rencontrons Guy Joigne, le pilote basé depuis début août avec qui nous échangeons nos expériences de "broussards" débutants.
C'est également la rencontre avec le Dr Millogo : L'Hôpital de Tambacounda, qu'il représente, est un hôpital planté au milieu des terres, au carrefour de plusieurs pays : des malades viennent s'y faire soigner de Mauritanie, du Mali, de Gambie, de Guinée Conakry, de Guinée Bissau.

« Saint Louis : Etape de l’aéropostale »

Le lendemain matin, nous repartons déjà.  Le personnel de l'aéroport est décidément bien conciliant : appelé par le contrôle aérien en 4ème vitesse pour nous ouvrir l'aéroport à notre arrivée dimanche, jour  de fermeture habituel, rebelote le lundi : on est le 15 août !...
Nous décollons, le temps est encore moins bon que la veille, très orageux, beaucoup de turbulences et de slalom entre les nuages. Nous nous posons finalement sans encombre à Saint-Louis, à la frontière de la Mauritanie. C’est notre dernière étape humanitaire où nous déposons 700 paires de lunettes à Caritas.

Un peu d'histoire...
Saint-Louis est aussi le symbole de la route de l'Aéropostale. C'était la dernière étape avant la traversée de l'Atlantique vers l'Amérique latine. L'histoire n'est pas si loin, nous avions depuis la France, un petit colis qu'une personne du Lion's Club nous avait confié pour sa famille à Saint-Louis : colis livré ! En retour nous avons 4 colis à livrer en France et un tee-shirt chacun pour nous remercier !

C'est alors le début du retour en France, retour pour lequel nous étudions les scénarios les moins coûteux en heures de vol et en carburant. En effet, la traversée du Sahara Occidental (Sud du Maroc) à l'aller nous a surpris par un coût du carburant très important (2.3 € au lieu de 1,2 € il y a 2 ans...) :
Nous prévoyons de décoller vers 9h pour Nouakchott... Nous nous serions bien passé de cette nouvelle étape en Mauritanie mais elle est obligatoire : la pénurie d'Avgas en Afrique est telle que nous n'avons pas refait le plein depuis Bamako ! Il nous reste donc seulement (avec les marges de sécurité nécessaires bien sûr) de quoi rallier Nouakchott pour y refaire le plein où il y reste juste une dizaine de barils en stock !
Nous prévoyons au départ un passage par les Canaries, îles espagnoles, où le carburant est moins cher. Mais le NOTAM de Fuerteventura nous apprend qu’il n’y a plus de 100LL. Les autres îles seraient des détours trop importants. Au final, notre route sera assez semblable à celle de l’aller, Laayoune puis Agadir. Puis c’est Grenade, en Espagne, où nous passerons la nuit avant un ultime pitstop à Zarragoza (Avgas pas cher !), avant la France.
Sur notre chemin jusqu'à Périgueux, la ville d’Auch, où opère Denis Capdegelle, notre « météorologue officiel » depuis maintenant 4 ans : Il nous rend, par téléphone, toujours autant de services. Il est bien connu des jeunes pilotes puisqu’il effectue les briefings météo avec brio lors du Tour de France. D’ailleurs la météo a été assez clémente sur le périple : la boucle réalisée tournait dans le même sens que les vents ! 10 à 15 kt sur la Vp sont toujours les bienvenus.
 


Nous terminons notre remontée en atterrissant à Périgueux, clôturant ainsi notre mission commencée il y a 3 semaines...Que d'aventures et d'objectifs accomplis !

Ce projet nous a à nouveau beaucoup apporté, que ce soit techniquement, humainement et culturellement : L’aviation n’est pas une fin en soit mais est aussi et surtout un vecteur porteur de projets utiles pour ceux qui en bénéficient et enrichissants pour ceux qui les organisent. Merci à la FFA qui nous a apporté son concours !
 

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