Quelques jours avant le départ Tout se précipite afin de tout boucler avant le jour J. Les médicaments ont été achetés et emballés, les trousses et équipements de survies sont prêts. Deux jours avant le départ, tous les pilotes ont été lâchés sur leur avion respectif. En effet, pour ce voyage, nous avons retenu des machines plus performantes que celles sur lesquelles nous volions habituellement : Nos deux avions sont équipés de trains rentrants et d’hélices à pas variable, pour améliorer notre distance franchissable et notre vitesse. Pour cela une qualification spéciale était nécessaire (la VPRU). De plus, la réglementation impose qu’un test en vol soit effectué avec un instructeur pour chaque nouvel appareil piloté. Il faut quand même se rappeler que ces préparatifs se sont effectués en début août 2003, période de canicule record, qui ont rendu les lâchés particulièrement pénibles, et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas dans le désert Saharien qu’il fait le plus chaud ! Chacun des acteurs du périple a eu plusieurs tâches à effectuer avant le départ. La pression se ressentait à chaque minute, et si le travail personnel n’était pas fait, c’est le projet qui se voyait reporté. Finalement, nous décidons de repousser le départ d’un jour pour nous laisser plus de temps de préparation. Nous profitons de ce jour supplémentaire pour effectuer un vol en équipage avec l’avion chargé à masse maximale pour voir comment il réagit face aux fortes températures. A priori le Cessna 172 RG immatriculé F-GUYY connaît quelques problèmes dont l’encrassement des bougies du magnéto gauche au démarrage (donc dangereux pour les décollages puisque toute la puissance ne peut être appliquée) et la perte des disjoncteurs du train d’atterrissage ce qui nous obligeait à sortir le train avec une pompe manuelle en plein vol. Quant au Piper PA28 RG immatriculé F-BRUB, il ne connaît heureusement pas autant de problèmes. Les 180 kg de matériel humanitaire sont répartis dans les deux avions. les mécaniciens de la société AVSTAR ont fait le nécessaire pour nous livrer des avions en parfait état de marche pour le jour de notre départ. En plus de cela, ils nous ont fait un petit cours de mécanique (démontage et décrassage des bougies…), utile en cas de problèmes au cours de notre périple. Malgré toutes les mises en garde des « anciens » habitués de l’Afrique, nous décidons donc de partir le lendemain,… à la mauvaise période : en terme de météo, le FIT (Front Intertropical ; orages et vents violents) s’installe au niveau du Sénégal menaçant notre arrivée, et en France déjà, il fait excessivement chaud.
Samedi 9 aoûtAprès une rapide préparation de la navigation, effectuée la veille au soir, nous nous levons à 4h30 pour pouvoir décoller à 7h00 de Toussus le Noble, au Sud Ouest de Paris. Nous arrivons sur l’aérodrome vide de toute personne, où le soleil vient juste de se lever. Le silence est très présent sur le parking et la tension de chacun peut se sentir. Nous partons pour une aventure que nous savions exceptionnelle mais dont l’issue était incertaine. La brume matinale conjuguée au soleil levant a considérablement réduit la visibilité et notre départ est retardé d’une demi-heure. Nous décidons de décoller avec une visibilité d’environ 5 kilomètres, car le temps presse et nous savons que la journée va être longue. Notre première destination est Aix-les-Milles (Aix en Provence) où nous devons récupérer le reste de notre chargement humanitaire. Il fait déjà plus de 20°C lors du décollage et la brume étant assez dense il nous faut plus d’une heure pour que nos deux avions se retrouvent. Nous volons au niveau 55 et nous traversons la France en 3h30. Nous sommes sous le coup de l’émotion pour notre premier vol. Nous passons près de la centrale nucléaire de Dampierre en Burly. Puis nous nous mettons en vol en patrouille. Maud Moulinier (de l’association « Mauritanie, des Enfants et des Hommes » ) nous attend à Aix pour nous remettre les colis à destination d’Atar en Mauritanie – 16 kg de plus. Cette fois, les avions sont totalement pleins en volume comme en masse. Nous refuellons et achetons, à la boutique du terrain, les cartes d’Espagne et d’Afrique qui nous manquaient. Yoann va se procurer de quoi manger et boire au Carrefour pendant que nous prenons la météo et payons les taxes. La chambre de commerce a été généreuse avec nous, en nous supprimant une bonne partie de celles-ci. Nous repartons moins d’une heure et demi après à destination de Reus en Espagne. C’est une petite ville entre Barcelone et Gérone. Nous demandons le transit côtier au contrôleur d’Aix, pour rejoindre Perpignan. Celui-ci nous dit de patienter quelques instants… puis nous prie de contacter Montpellier. Mais entre temps, nous sommes déjà rentrés dans la zone de classe D (interdite sans clairance)… Après quelques réprimandes verbales, il nous autorise à transiter par la côte. Cela nous a permis de survoler toutes les plages de la Côte d’Azur et de la Camargue. Une fois arrivés à Perpignan, nous prenons la direction du col de Coustouge, pour gagner du temps. Cela nous fait passer plus dans les terres, et nous permet de profiter d’un relief montagneux attrayant. Le contrôle en anglais se passe très bien et les « no traffic reported » ainsi que les « at your discretion » (pas de trafic et à votre convenance) nous permettent de prendre des niveaux de vol optimum. A l’arrivée sur Reus, le PA 28 qui est devant s’intègre normalement. Puis c’est le tour du C172. La contrôleuse nous demande de faire un 360° d’attente et nous autorise ensuite à s’introduire en base puis en finale alors qu’au même moment un A320 de la compagnie Thomas Cook s’annonce à 2 Nm. Nous procédons à l’atterrissage et nous dégageons la liste aussi vite que possible mais l’A320 est trop proche. Il doit remettre les gaz. La contrôleuse s’excuse auprès du pilote sans oublier de nous " balancer " alors que nous n’avons fait qu’obéir à ces clairances. On a pu estimer que ce désagrément avait coûté à la compagnie aérienne environ 4500 €... Ce fut toute fois une très belle chose de voir un appareil de ce type faire une remise de gaz (plutôt bruyante) à quelques mètres de nous ! Nous commençons à comprendre ce que sera notre quotidien avec les formalités administratives : L’entrée dans l’aéroport pour payer les taxes et déposer les plans de vol se fait sans problème. En revanche, les difficultés font leur apparition lors de la sortie de l’aérogare. Faute de titre de transport, une demi-heure de négociation est nécessaire, avec obligation de passer dans les portiques de sécurité, pour revoir nos avions. En effet cela est tout à fait compréhensible, car nous pourrions effectivement détourner nos propres avions ! Procédures, procédures…Ce sera notre lot quotidien. Les aéroports internationaux, sur lesquels nous nous sommes posés à chaque fois, ne savaient clairement jamais quoi faire de nous ! Nous redécollons, une fois les pleins effectués, à destination d’Almeria. Notre trajet est au plus direct : nous coupons par le « désert Espagnol ». Bien entendu tous ces vols se font sous « Flight Plan ». En approche d’Almeria, il nous est demandé de se reporter à la vertical du point Echo à 1000 ft QNH. En temps normal ce genre de procédure ne pose pas de problème, sauf que cette fois ci le sol est à 800 ft QNH et que le point Echo est matérialisé par une antenne de 200 ft de haut !! Et, pour couronner le tout, à moins de 200 mètres sur la droite de l’antenne, il y avait une montagne. Donc, après un passage à 1100 ft au dessus de Echo, nous rejoignons le terrain en survolant le sol à 300 ft avant de retomber sur la côte où se situe le terrain à altitude nulle. Cette étape sera dernière de la journée. Nous refuellons le soir même pour gagner du temps, à la vue de notre départ aux aurores du lendemain. C’est alors que nous décidons de « créer » la compagnie aérienne Cercle Aéro qui nous permettra ainsi de payer l’essence sans taxes tout au long du voyage (tout du moins là où le stratagème fonctionnera) ! Après plus d’une heure passée sur l’aéroport à bichonner nos avions, on nous indique un hôtel à un kilomètre de l’aéroport. Dans un souci d’économie omniprésent, nous y allons à pieds ! Nous avons ainsi pu expérimenter l’aptitude des Espagnols à estimer les distances. Nous étions sensés marcher 1 km, et après 3 km, nous voyons enfin se profiler le repos. Il est 22h30. Mais avant ça il nous faut dîner puis préparer les navigations du lendemain : destination Casablanca Anfa.
Dimanche 10 aoûtNotre départ se fait avec le lever du soleil. Nous profitons ainsi de la fraîcheur matinale. Nous longeons la Sierra Nevada et voyons un incendie de forêt. Celui-ci se situe au sommet d’une montagne, et nous assistons au ballet des Canadairs. Bientôt les côtes africaines se profilent à l’horizon. Il nous reste encore à survoler le détroit de Gibraltar et son « rocher ». Cà y est, nous sommes au dessus de la dernière mer qui nous sépare du continent africain. C’est un spectacle magnifique, avec sur notre gauche, les montagnes de l’Atlas, et sous nos ailes, les premiers villages africains de notre périple. Apres Tanger et Rabat, nous approchons de Casablanca. Nous devons respecter les points tournants assez connus des pilotes VFR passés par le Maroc (Bakra, Tikrit, …). C’est une procédure qui nous rallonge un parcours déjà long de 3h30. Nous sommes équipés de 4 GPS, deux dans chaque avion, ce qui nous permet de nous reporter facilement sur les points tournants. En effet, nous ne pouvons nous fier qu’aux GPS puisque nos cartes n’indiquent malheureusement aucun de ces points ! Au final, nous contournons complètement la ville de Casablanca et nous arrivons à l’approche du terrain de Anfa (au sud de la cité). Nous tombons sur une contrôleuse qui a apparemment des difficultés avec sa gauche et sa droite, et avec les immatriculations des avions. Il est 11h30. Nous parquons les avions, et faisons le plein. Malgré une longue négociation de plus d’une heure, Matthieu ne parvient pas à obtenir de l’essence détaxée. L’accueil des douaniers et de la police est tout à fait agréable. Ceux-ci nous demandent de remplir des fiches de renseignements. On en profite pour nettoyer les avions et coller les autocollants de nos partenaires : Hispano Suiza, Dassault Aviation, Crédit Lyonnais, Société Générale, Général Aviation, Levallois Sporting Club et l’ESTACA. Nous sortons de l’aéroport et les policiers nous donnent certaines astuces pour ne pas payer trop cher les taxis. Peut être que cette aide était due à notre statut d’étudiant en mission. Quoi qu’il en soit, c’est avec la plus grande simplicité que nous avons abordé les autorités et le personnel des aéroports. On prend deux « petits taxis » qui nous conduisent au centre ville. Là, nous nous retrouvons perdus au milieu d’une ville inconnue de tous. Dans un élan de courage, nous décidons de partir à la recherche d’un logement pour la nuit. Au bout de 30 minutes de prospection infructueuse, nous faisons la connaissance de deux ravissantes demoiselles qui nous accompagnent dans une rue où nous trouvons finalement un hôtel. Celui-ci est très simple mais tout à fait correct puisqu’il ne coûte que 39 € pour 5. Il est maintenant, 15h00, et le reste de l’après midi s’offre à nous. Nous partons à la découverte de la ville et de ses lieux touristiques. Première étape : la grande plage publique de Casa où avec surprise nous sommes les seules touristes malgré la foule. Seconde étape : visite de la fameuse et non moins gigantesque mosquée Hassan II et d’un bazar Marocain. Puis vient le temps des premiers comptes pour voir comment nous nous comportons par rapport au budget prévisionnel. Quelques calculs (agrémentés d’une chasse aux cafards), nous rassurent, et nous préparons la navigation du lendemain.
Lundi 11 aoûtToujours très tôt, vers 7H00, nous partons pour l’aéroport de Casa Anfa. Pour ce faire nous décidons de faire appel à un taxi qui est censé prendre 5 personnes, et non pas à un « petit taxi ». C’est à ce moment que les talents de négociateur de Matthieu se révèlent. Un taxi nous propose 40 dirhams pour aller tous les cinq jusqu'à l’aéroport, mais Matthieu préfère prendre deux petits taxis pour « économiser ». Au final nous arrivons à bon port et la facture est de 55 dirhams ! Sur le terrain, une mauvaise surprise nous attend : il est fermé à la circulation aérienne jusqu’au 18 août ! Le roi a décidé de venir à Casablanca ce jour et tout l’espace aérien est bouclé depuis ce matin ; un NOTAM le confirme. Mais 1h30 plus tard, après avoir longuement insisté, on nous autorise, et on nous demande même de partir sous 5 minutes ! C’est bon, le voyage continue. L’objectif de la journée était de rejoindre Laayoune au Sahara Occidental. Notre première étape est Agadir. Sous nos ailes, le sol devient de plus en plus désertique, et les habitations se comptent sur les doigts de la main. Il y a comme un sentiment de frustration en survolant d’aussi haut ces magnifiques terres, mais notre masse et donc nos performances ne nous permettent pas de voler plus bas. Juste avant d’arriver à Agadir nous profitons du spectacle des montagnes de l’Atlas, et nous préparons une « belle » arrivée. Le GPS nous donne encore 15 minutes de vol lorsque nous arrivons sur les cotes de la ville. Soudain nous prenons un cap 010 pour nous mettre en longue final sur la piste. La carte est formelle, la piste est devant nous. Dans une sorte de brume de chaleur, nous la voyons enfin apparaître. Mais le GPS nous donne toujours 10 minutes de vol ! En effet, la surprise fut grande, lorsque le contrôle nous annonce que nous sommes en longue finale sur l’ancienne piste ! Les deux pistes étaient orientées de la même manière, longues de la même distance, mais juste éloignées de 15 nautiques ! Après avoir atterri, nous constatons que notre carte, pourtant encore en vente, n’était pas à jour (de 10 ans) et que l’ancien aéroport avait été transformé en base militaire. Nous sommes maintenant parqués à coté de deux Citations, et nous procédons à nos obligations de ravitaillement, avant notre nouveau vol vers Laayoune. Nous avions rencontré sur l’aéroport d’Aix, une personne qui nous avait affirmé qu’un plan de vol n’était pas nécessaire en Afrique pour un vol national et que cela évitait même d’avoir à payer les taxes. Nous avions donc décidé de ne pas déposer de plan de vol et de partir, un peu « à l’arrache », sans rien demander à personne et sans payer ces taxes… Nous démarrons, et prenons le contact radio avec la tour… On nous annonce soudain que les vols à destination de Laayoune sont contingentés, qu’il nous faut une autorisation spéciale et qu’avant toute autre chose il faut déposer un plan de vol. Nous coupons les moteurs et nous partons jusqu'à la tour de contrôle. Là, on nous réclame les taxes, à juste titre, et on nous informe qu’il y a des « thunderstorms » sur Laayoune et que le terrain est actuellement fermé ! Notre petite tentative de départ discret est plutôt ratée et une bonne leçon pour la suite. Nous commençons alors une attente de plus de deux heures pour « régler » nos problèmes. Vers 16h00, nous obtenons enfin une autorisation d’atterrir à Laayoune. Normalement il faut 24 heures ! Nous décollons, après un après midi déjà bien entamé, et nous survolons le « vrai » désert, à une altitude de 6500 ft. Devant nous, l’immensité désertique s’étend à l’infini. Parfois une masse rocheuse jaillit du sable comme par magie. Nous sommes maintenant au dessus de la frontière entre la Maroc et le Sahara Occidental. C’est une trace continue, comme après le passage d’une pelleteuse, qui délimite les deux pays. Au fur et à mesure que le temps passe, la visibilité se réduit ainsi que le plafond. Les météorologues avaient raison, c’est une sorte de vent de sable dans lequel nous entrons. Nous commençons la descente (rapide) vers le terrain. Dans ce décor apocalyptique nous perdons le contact visuel avec l’autre avion. C’est à seulement 5 nautiques du terrain que la tension redescend, et que nous préparons notre atterrissage. Nous sommes alors accueillis par des personnes fort sympathiques. Nous refuellons le soir même et procédons à toutes les formalités. Une paire de lunettes fera d’ailleurs un heureux ! On nous parque à coté de 4 Antonov de l’ONU, très présente ici et même dans la ville à la vue des nombreux 4x4 blancs marqués des lettres « UN ». En déposant le plan de vol du lendemain, nous faisons la connaissance de militaires qui semblent intéressés par notre projet et qui s’étonnent de nous voir partir pour un vol très atypique, le lendemain. On nous indique un hôtel, en centre ville, ou nous nous rendons au plus vite afin de se reposer. Ce fut finalement le « grand hôtel » de la ville, et comme à notre habitude, nous discutons le prix de la nuit ! Finalement nous avons des chambres climatisées, la TV (avec des combats de Sumo), et pour couronner le tout, un buffet à volonté de nourriture et boisson. Nous n’allions pas laisser passer l’occasion.
Mardi 12 aoûtNous nous préparons, à ce qui allait devenir notre plus gros vol du périple. Prés de 4h10 de vol au dessus du Sahara, avec pour seul terrain de déroutement … le sable ! La préparation est minutieuse et le centrage est revu plusieurs fois. Nous décollons, et nous recherchons l’altitude la plus propice à notre avancée, malgré le vent de face. C’est un vol magnifique ! Le désert est partout, parfois parsemé de montagnes. Il y a comme une brume de chaleur mélangée à du sable qui nous empêche de distinguer l’horizon, et nos efforts sont continuels pour maintenir un cap le plus direct possible. Ce vol comme tous les autres au dessus du désert sont des vols éprouvants nécessitant une attention continue ; on se relaie aux commandes, surtout dans le C172, très instable en roulis et fatiguant à tenir en permanence. Le PA28 est lui étonnamment stable, un vrai « liner ». C’est une arrivée magnifique. Nous entrons dans un canyon pour atteindre le terrain qui se situe à 1000 ft d’altitude. Atar… Ce qui devait être une ville, la troisième ville du pays en fait, est en réalité une sorte de grand village de petites maisons blanches, avec en bordure, un aéroport international ! Le contrôleur semble hésitant et sa formation avait du être ….rapide. Nous sommes en final et c’est une chèvre qui traverse la piste ! Original. C’est une arrivée comme on en rêve tous. Une dizaine de personnes nous attendent sur le tarmac, tous vêtus de Boubou bleu et blanc. Nous sommes accueillis par Ahmed, le contact et ami de Maud Moulinier à Atar. Celui-ci avait été prévenu de notre arrivée précise seulement 24 heures à l’avance, c’est pourquoi nous le remercions pour sa disponibilité et sa gentillesse. Nous demandons le ravitaillement des avions, et on indique qu’il n’y a pas de 100LL (notre type d’essence), information en contradiction avec ce qu’on nous avait dit. C’est alors que les choses se compliquent : il faut commander deux barils en provenance de Nouakchott et de payer le transport ! Une facture qui avoisinerait les 1000€. Un peu atterrés par cette nouvelle nous décidons d’attendre et de réfléchir à d’autres solutions. Mais c’est alors qu’une deuxième surprise nous attend. Alors que le 4x4 est prêt à partir, on nous demande de venir " dans l’aéroport " pour régler les frais… Nous entrons à 9 dans une pièce de moins de 8 m2 : nous 5, Ahmed, le « responsable de l’aéroport » et le « représentant de la police ». On nous annonce que les taxes d’atterrissage et de parking sont de 300€ par avion ! Ça commençait bien ! Nous entamons alors une discussion intense qui se termine 40 minutes plus tard par une remise de séance au lendemain. Le prix est tout de même déjà descendu à 100€ pour les 2 avions (normalement, il s’agit de 30€ au maximum) ! Nous quittons enfin l’aéroport, il est 14h00. Nous arrivons dans le coeur de la ville et nous découvrons la population. La première chose que nous remarquons est la simplicité avec laquelle ces gens vivent, souriants mais aussi démunis ; l’aide que nous apportons semble soudain dérisoire par rapport aux besoins que nous décelons avec nos yeux d’Européens privilégiés. Nous déjeunons dans un « bouiboui » ; chacun se demande s’il ne va pas tomber malade mais la nourriture l’emporte sur le reste, c’est excellent. La police de l’aéroport vient nous revoir chez Ahmed pour son bakchich. Nous lui donnons l’équivalent de 20 € pour retrouver notre tranquillité. Nous insistons ensuite pour aller visiter le dispensaire que l’association " Mauritanie, des enfants et des hommes " a construit il y a un an. Lorsque nous arrivons, le dispensaire est vide et il présente des signes évidents de mauvais entretien : Il est comme laissé à l’abandon ; les médicaments, souvent très dangereux pour certains, sont en vrac par terre et accessibles à n’importe qui. Le médecin est absent…Nous décidons de revenir dans un petit moment pour le rencontrer, lui qui est en charge des locaux et des soins... Pendant ce temps nous visitons les alentours de la magnifique oasis d’Azougi où Ahmed habite. Il y a notamment un site archéologique avec des ruines en cours de restauration. Enfin, nous retournons au dispensaire où le « gérant » a fini par arriver. Il nous fait visiter des salles dont celle de consultation et celle des accouchements (constituée d’un simple matelas). Nous laissons le matériel que Maud nous avait confié ainsi qu’une lettre et une somme d’argent pour le médecin. La nuit arrive et nous allons à cinq minutes d’ici chez Ahmed. Il y a de multiples petites cases de paille qu’il loue en été mais qui sont vides à cette époque, et au milieu il y a deux grands tapis : un avec nos cinq couchettes et un autre pour sa femme et lui. Nous dînons au milieu de nos couchettes avec Ahmed. Au menu : dattes et riz au dromadaire. Puis les uns après les autres nous allons nous baigner dans sa réserve d’eau alimentée par un puit qu’il a fait creusé. On rentre enfin pour dormir à la belle étoile après un moment passé dans les dunes. C’est fantastique !
Mercredi 13 aoûtAujourd’hui, journée de détente… Ahmed nous a organisé toute une visite touristique. Auparavant, on passe voir les avions, le vent a soufflé cette nuit, il vaut mieux voir ce qui s’y passe. Et là, stupeur, les clés du C172 ont disparu ! Probablement d’une poche de Matthieu au cours du trajet en 4x4 de la veille. On accède quand même au cockpit grâce à quelques faiblesses de la serrure de la porte, par contre le Neiman de l’avion résiste… Ahmed nous assure que ça ne pose aucun problème, son ami le forgeron va régler ça très facilement… Il est l’heure d’y aller. Nous nous rendons à la célèbre oasis de Terjit. On y goûte la meilleure eau du monde dans des paysages de dunes de sable de couleur orange : c’est magnifique ! Puis, comme à chaque repas, on boit le thé ensemble que Sidi Ahmed, notre chauffeur, nous prépare. Le thé mauritanien, une tradition en fait : on en boit à chaque repas et 3 à chaque fois dont chacun a sa signification : le Groupe, la Braise et la Discussion. C’est peut être lui qui aura préservé notre santé : personne n’a été malade, c’est presque un miracle étant donné notre état de fatigue et l’absence totale d’hygiène que nous avions pendant ces deux jours à Atar. On se met ensuite en route vers Chinguetti ; en passant par Atar, on rencontre le fameux forgeron ; Matthieu se rend à l’avion avec lui ; a priori une seule solution, démonter le Neiman et ses connecteurs… en le voyant faire, ça fait franchement peur … le forgeron repart donc avec sans oublier de négocier le prix ; de 25000 Ouguiyas, on passe à 9000 Ouguiyas, soit 20€, c’est encore cher, mais le service rendu est important. Aller, on oublie, c’est reparti pour Chenghetty ! La plus ancienne ville de Mauritanie qui abrite une bibliothèque vieille de… Comme en début de journée, on passe des barrages de police : Yoann et son statut de médecin sont très utiles ; il constitue en quelque sorte une monnaie d’échange : une consultation gratuite contre un droit de passage sans encombres ! Pour le remercier, on lui offre du thé… Il en aura bu ! Le soir, nous nous retrouvons dans une petite auberge : au menu, des dattes, du thé et de la semoule… au sable du désert ! Avant de se coucher, nous suivons notre guide qui nous emmènent chez des habitants toujours très accueillant. Matthieu se lance dans les combats de coqs et Julian dans les bras de fer avec les jeunes Mauritaniens ; le Cercle Aéro se montre à la hauteur ! Claude reçoit un boubou bleu splendide. Ensuite, échange musicaux : les femmes musulmanes nous chantent des chansons de leur pays, puis le tam tam (un jerrican) change de main, c’est à nous : on essaye tant bien que mal de fredonner du Cabrel et ses « cailloux au fond du jardin »…
Jeudi 14 aoûtOn se réveille doucement la tête ensablée par le vent de sable de la nuit et on se met en route à nouveau vers Atar. Là, le forgeron nous attend devant chez lui ; il brandit fièrement le Neiman avec une clé à l’intérieur ! Cette clé ne ressemble à aucune autre : elle est taillée dans la masse et ne fonctionne qu’avec le Neiman ; elle n’ouvre pas le coffre du Cessna qui a pourtant la même serrure ! Ça y est, c’est réglé ! On passe chez « Big Tour », l’agence touristique d’Ahmed pour quelques coups de téléphones afin de préparer notre arrivée le jour même à Nouakchott, et le surlendemain à Saint-Louis. Avant de se rendre sur l’aéroport, on passe par le dispensaire d’Atar, un dispensaire musulman, la différence saute aux yeux par rapport à celui d’Azougi ; il est propre et bien entretenu ; on y laisse la moitié de nos compresses et de notre Bétadine ainsi que des livres scolaires. Nous sommes rassuré, notre aide sera bien utilisée ici. Départ pour la capitale de la Mauritanie : Nouakchott. Nous sommes tristes de partir de cette si belle région, mais aussi très heureux de quitter les problèmes que nous avons rencontrés sur l’aéroport. Nous distribuons quelques cadeaux aux personnes qui nous ont aidés, et à notre très assidu gardien d’avions ! Finalement nous laissons une enveloppe de 10 000 Ouguiyas (30 €) pour les taxes, et nous décollons au plus vite. Mais à peine en l’air, nous rencontrons un nouveau problème. Il est 13h, la température au sol est de 43°C : le train d’atterrissage du PA28 ne veut plus rentrer ! Au bout de 15 minutes, après application des procédures, celui-ci se rétracte complètement. Le liquide du système hydraulique était trop chaud donc trop fluide pour être efficace. En mettant le circuit davantage en pression avec la pompe manuelle, les choses sont rentrées dans l’ordre. Le C172 n’a pas eu ces problèmes car du liquide supplémentaire avait été ajouté avant le départ ; en effet, pendant les lâchés effectués par forte chaleur, le train ne rentrait qu’à moitié. Enfin nous sommes en croisière. Le spectacle du désert est toujours aussi prenant, et nous décidons de faire un passage basse hauteur au dessus de l’oasis où habite Ahmed. Nous entrons dans le canyon et nous ouvrons grand nos yeux. L’un derrière l’autre nous piquons vers l’oasis avec, au bout de nos ailes, les falaises rouges du canyon. Ce fut notre dernier salut à la population locale. Nous arrivons à notre seconde ville Mauritanienne. Allait-il se passer la même chose qu’à Atar ? Eh bien oui, en quelque sorte ! C’était reparti pour le gardiennage des avions et pour les bakchichs au pompiste ! Fatigués par notre début de journée, nous décidons de régler cela le lendemain et de quitter au plus vite l’aéroport. Nous avions pris contact avec Mohamed Yeslem (l’ancien premier ministre de Mauritanie, et ami de Maud) qui devait nous héberger et nous envoyer un chauffeur à l’aéroport. A notre grande surprise, c’est un jeune homme, étudiant en France à l’université d’Orléans, qui nous accueille. Nous discutons de choses et d’autres et nous arrivons chez Mohamed, son lieu de travail et notre auberge pour la nuit. En fait, nous découvrons que cet endroit est aussi une agence de voyage et un bureau de change ! Bonne nouvelle, nous changeons donc une somme importante à un taux intéressant afin de régler l’essence du lendemain et celle du retour (nous passerons par Nouadhibou). Il faut savoir qu’il y a deux taux de change : un officiel (1€ fait 225 Ouguiya) et un officieux (1€ fait 325 Ouguiya). De bons contacts sont décidément bien utiles dans ces régions !
Vendredi 15 aoûtNous décollons vers notre destination historique : Saint Louis du Sénégal. Mais avant cela, il faut régler nos affaires avec le « personnel de l’aéroport ». Nous faisons déjà tout notre possible pour finir le remplissage des avions. Il faut malheureusement aller chercher un nouveau baril de 100LL car le camion est vide ! Nous assistons alors à un spectacle digne des plus belles caricatures. Le baril est soulevé à la main, pour être vidé dans un deuxième demi baril. Après cela, deux autres personnes y plongent un seau pour enfin en déverser le contenu dans le réservoir du camion, dont l’ouverture est située à environ deux mètres du sol ! Nous terminons ainsi le refuellage des avions… après avoir perdu une bonne dizaine de litres sur le tarmac ! Et là, les choses se compliquent. L’une des personnes rencontrées la veille nous amène très gentiment une facture de gardiennage, écrite à la main sur un coin de papier, pour un montant de 1000 $ !!! Au début, on rigole mais la tension monte et certains commencent même à se montrer franchement agressifs. Personne ne veut céder. Dans la confusion la plus complète, nous entrons dans nos avions et nous démarrons, enfin nous essayons ! Le PA28 nous joue des tours depuis le départ, il démarre de moins en moins bien et là il ne démarre carrément plus du tout. Alors que Julian est aux commandes et tente en vain de démarrer la bête, Yoann surveille le personnel de l’aéroport. Dans le même temps, Claude et Matthieu se dirigent vers un Antonov tout proche dont un mécano russe est en train de réparer ; il faut vite trouver de l’aide, pas question de rester bloqué ici avec tout ce petit monde autour où l’on peut déjà distinguer ça et là quelques sourires intéressés. Mais soudain, le PA 28 démarre. Soulagement général ! Chacun prend sa place et nous partons… Le vol est calme et nous décidons de faire un vol basse hauteur sur l’arrivée à Saint Louis. Nous ressentons un climat déjà beaucoup plus humide. Et voilà, nous sommes en vue du terrain, nous préparons un atterrissage digne de ce nom. Chose que nous n’avions pas prévue : nous sommes le 15 août et c’est une fête religieuse qui mobilise beaucoup de monde et en particulier le personnel de l’aéroport. Pas de contrôleur. Nous faisons sans, et nous sommes accueillis par Parfait, un membre de l’évêché de Messeigneurs Ernest Sambou et Pierre Sagna. Après quelques photos pour immortaliser le moment, Parfait nous accompagne à l’évêché où nous étions attendus pour déjeuner en compagnie des Evêques. Ensuite, nous découvrons nos chambres juste à coté de l’église. Il y a plusieurs chambres dont le père Etienne s’occupe, toutes avec moustiquaire (heureusement) et douche. Rapidement, nous posons nos affaires pour nous rendre en bus à l’hydrobase de Saint Louis où il se tient, pour le 15 août, une fête réputée dans le Sénégal tout entier. Pour la petite histoire, l’Hydrobase est l’endroit où se posait jadis Saint-Exupéry et les autres pilotes de l’Aéropostale. Une foule impressionnante est amassée sur quelques centaines de mètres. Petite séance de body surf sur les vagues sénégalaises… Enfin vers 18h00 nous rentrons pour dîner à l’évêché.
Samedi 16 aoûtRéveil vers 8h, puis petit déjeuner à l’évêché avant de rencontrer Soeur Catherine du centre des Soeurs de Cluny de Saint Louis. Elle nous décrit son quotidien au centre et les différents besoins qu’il y a à Saint Louis avant de nous emmener visiter son lieu de travail. Le centre de Cluny accueille des enfants pendant l’année scolaire mais il est vide à cette période. Nous constatons les difficultés qu’ils rencontrent tous les jours, notamment en voyant des photos d’enfants souvent dans un bien triste état. Le centre est agréablement bien organisé et comprend des box de consultation, une pharmacie et des salles de classe avec une cours de récréation au milieu. Midi approche et nous retournons donc à l’évêché pour un nouveau repas. Nous y sommes très gâtés et comme des coqs en pâte. Nous passons le reste de l’après-midi à visiter la ville. Il y a du monde de tous les côtés, et les voitures ont du mal à circuler. Impossible de faire 100 mètres sans se faire arrêter par des vendeurs ambulants. La ville semble être en ébullition. Nous traversons le pont de l’île Saint-Louis et nous rendons au mythique Hôtel de la Poste ; on nous en avait tant parlé ; c’est un hôtel en fait ! Après avoir longuement hésité, nous décidons de passer à la « Sécurité » pour régulariser notre situation de « sans papier » causée par l’absence de douanier à l’aéroport lors de notre arrivée. Et là, une nouvelle surprise : il faut retourner à l’aéroport pour obtenir un papier du contrôleur, afin d’obtenir nos droits d’entrée et de sortie du territoire. Ces droits sont très importants afin de ne pas avoir de problème lors de notre prochaine traversée de la Mauritanie... Il est déjà 18h00. En moins d’une minute, Claude et Julian sont dans un taxi, en direction de l’aéroport. Après 45 minutes d’attente, nous revenons à la sécurité avec notre fameux papier. Soulagement !
Dimanche 17 aoûtNous débutons notre remontée, avec une pointe au coeur et beaucoup de nostalgie. Nous avons passé la barre de la moitié du périple… Nous nous rendons sur l’aéroport de Saint Louis pour charger les avions. Cette fois-ci nous décollerons très en dessous de la masse maximale, ce qui nous permettra plus de liberté. Ca y est, nous sommes alignés sur la piste …. Et nous nous apprêtons à mettre les gaz et à quitter le sol Sénégalais. La destination est Lanzarote, sur les îles Canaries. Nous devons faire une étape en Mauritanie, à Nouadhibou. Le ravitaillement allait-il être aussi laborieux que dans les autres villes de Mauritanie ? C’est un vrai plaisir de piloter avec des avions si peu chargés, les taux de montée et la vitesse de croisière sont excellents. Pour ce vol, nous décidons de conserver une altitude importante, car le trajet est long et nous sommes sous la menace d’un vent de face ; nous recherchons toujours l’altitude la plus appropriée pour avoir le vent avec nous. Après trois heures de vol, nos GPS indiquent 10 minutes de vol avant l’arrivée. Sous nos ailes, une fine couche de nuages, puis la mer. Notre arrivée se fera avec une petite percée dans les nuages. Par radio, nous nous distribuons des tâches bien précises afin d’accélérer l’arrêt. Matthieu s’occupe de l’essence avec Claude, Yoann prépare les avions et vérifie qu’il ne manque rien pour le vol suivant, enfin, Aurélien et Julian s’occupent des taxes, de la météo, et des plans de vol. Nous entamons notre descente. Les nuages sont proches et notre vario indique 500 ft/minute. Nous passons à travers les nuages et c’est alors qu’un paysage apocalyptique apparaît partout autour de nous. Nous sommes en longue finale et c’est un cimetière de bateaux qui salut notre arrivée ! Des dizaines de bateaux de toute taille gisent sur les côtes. A la couleur pure du sable se mêle la couleur rouille des épaves. C’est une arrivée stupéfiante ! Nous reprenons nos esprits et nous atterrissons en douceur. Chacun prend son poste et en moins de 30 minutes tout est réglé, après une courte discussion sur les taxes d’atterrissage. Deuxième vol de la journée : direction Laayoune. C’est une ville que nous connaissons et les autorités de l’aéroport nous connaissent aussi. Pour ce vol, nous décidons de nous faire plaisir. Fini le vol à 5000 ft, cette fois-ci ce sera des passages à 500 ft ! Une fois sur la côte, nous commençons donc notre descente. Le spectacle est indescriptible. Nous pouvons presque saluer les personnes qui sont dans les camps de bord de mer. Le dessin des vagues est enfin au bout de nos ailes. Nous pilotons maintenant à l’estime, l’oreille tendue vers le moteur et les yeux fixés sur le nez de l’avion. Comment avons-nous fait pour faire 6000 Km sans cela ! Nous volons 30 minutes ainsi et nous remontons pour l’arrivée à Laayoune. Ces images resteront gravées dans nos mémoires… A l’arrivée nous rencontrons les mêmes personnes qui avaient été si agréables à l’aller. Pas de problème, nous nous appliquons à nos tâches respectives. Nous décollons maintenant en direction de Lanzarote, pour une pause bien méritée. Le vol est long, encore une fois, et nous décidons de garder une altitude de vol supérieure à 4000 ft. Sur notre route le Cap Juby, mythique lieu d’étape de l’Aéropostale. Pour son survol, juste avant d’entamer le survol marin, nous décidons de descendre à 1500 ft. Le spectacle vaut le détour. La piste est précaire. Elle semble très courte et en mauvais état. Les appareils photos et la caméra en main, nous effectuons un 360° et nous reprenons notre route. Le survol de la mer est calme et en quelques minutes nous voyons apparaître à l’horizon les premiers sommets de groupements d’îles. Nous passons avec la tour. L’aéroport est impressionnant (après ceux de Mauritanie et du Sénégal). L’intervalle entre chaque décollage et atterrissage n’excède pas 5 minutes. Dans ce trafic très chargé nous nous intégrons et nous posons sur la piste …. Un « Follow me car» prend le relais et nous conduit à notre parking. C’est alors qu’intervient un homme de la « Guardia Civil » qui nous demande de le suivre jusqu’au poste de garde pour y faire des vérifications. Mais à notre grande surprise, celui-ci monte dans sa voiture et nous demande de marcher derrière ! Plus d’un kilomètre plus tard, nous arrivons au poste. S’en suit la recherche d’un logement et le moyen de s’y rendre. Le soleil se couche et, dans un dernier élan de courage, après 8h00 de vol, nous marchons jusqu'à un restaurant. La journée se termine bien.
Lundi 18 aoûtJournée de détente à Lanzarote, dans la ville de Puerto Ventura. Nous voulons profiter du soleil et de ce merveilleux cadre. Rien à voir, bien sûr, avec la nature sauvage des précédents jours… Finalement, la journée passe vite. Nous commençons par un concours de plongeon, remporté par Claude, puis par une balade en pédalo. Les heures passent et le soleil est toujours aussi présent. Vers 18h00, nous décidons de rentrer à l’auberge pour une séance vidéo très particulière. Objectif : parler devant la caméra et faire le récit de tout ce qui s’est passé depuis notre départ… Après 1h30 de discussion nous partons dîner. La journée de demain s’annonce longue et nous devons préparer les vols.
Mardi 19 aoûtNous devons rejoindre le continent Africain pour le laisser ensuite définitivement derrière nous. Première étape : Agadir, puis Rabat et, enfin, une très belle ville d’Espagne : Sevilla. Il est 8h00 et nous allons déposer nos plans de vol. Mais une bonne surprise nous attend. La responsable nous annonce qu’il faut 24h pour activer un plan de vol ! En une fraction de seconde, nous voici effondrés. En plus de cela, nous nous étions trompés dans les heures en raison des décalages horaires entre le continent et les îles espagnoles ! Finalement, avec un sourire et pas mal de discussions, nous parvenons à obtenir nos plans de vol. Le premier vol est une formalité et, cette fois, nous savons où se trouve précisément l’aéroport… Nous déposons notre plan de vol pour le transit vers Rabat par les points de report ; juste une procédure de départ pour ne pas survoler un palais important, et tout est réglé en moins d’une heure. En route vers la deuxième étape. C’est un vol très calme jusqu'à l’approche de Rabat. Il faut savoir que la région est envahie de palais et de bases militaires qui ne facilitent pas le transit. C’est avec des cartes sans information pertinente que nous devons avancer. Il n’y a aucune fréquence, aucun point de report et aucune limite de zone ! Pas évident de suivre une navigation dans ces conditions. Nous arrivons donc, tant bien que mal, en finale de l’aéroport. Pour ce vol, Matthieu et Julian étaient dans le C172 et Aurélien, Yoann, et Claude dans le PA28. Le ravitaillement prend du temps et le coucher de soleil commence à être menaçant. Après un briefing des autorités sur les procédures de cheminement, nous parvenons à quitter le terrain. C’est un départ encore plus poignant puisque nous quittons, cette fois, le sol Africain ; à la prochaine étape, nous poserons le pied sur le continent Européen… Les minutes défilent à une vitesse impressionnante et, en très peu de temps, nous nous retrouvons en vue de l’aéroport de Tanger. Nous transitons, et c’est alors que la mer apparaît sous nos ailes. Ça y est ! Notre aventure avec ce magnifique continent vient de se terminer. Nous abandonnons notre communication en français pour retrouver l’anglais particulier des espagnols. Il ne reste que 40 minutes de vol. L’arrivée à Sevilla se fait par un point d’entrée à l’altitude de 1500 ft. Les villages et les autoroutes défilent au-dessous de nous et nous arrivons en vent arrière sur la piste… La zone est calme, nous nous parquons. Une fois de plus les autorités nous attendent, mais cette fois-ci, il nous est envoyé une charmante demoiselle pour nous conduire en voiture jusqu’au terminal. Une très bonne chose après une longue journée de vol. Comme à notre habitude, nous arrivons dans une ville inconnue, sans la moindre idée de l’endroit où nous allions dormir. Une solution : prendre le bus jusqu’au centre ville et rechercher un hôtel pas cher. Cela peut paraître risqué, mais en moins de 30 minutes, nous étions dans nos chambres à nous préparer pour aller dîner. Comme un instinct naturel, nous décidons de nous diriger vers le fleuve. Le spectacle de lumière et de couleurs est magnifique et nous permet de patienter encore 30 minutes avant de nous mettre à table. Tous les ponts de la ville sont éclairés et la surface de l’eau est lisse comme de la glace. Finalement, nous terminons dans un « fast food », plus en accord avec nos moyens. La journée a été longue et nous rentrons pour préparer notre dernière journée de vol.
Mercredi 20 aoûtNous partons pour l’aéroport, mais un problème se pose : nos cartes VFR ne sont pas suffisamment étendues pour nous permettre de suivre la route optimum via Madrid ; nous n’avons que la côte est de l’Espagne. Deux solutions se profilent : faire un détour vers l’est et passer en plein milieu des Pyrénées, ou faire confiance à nos GPS et passer en France par San Sebastian… Finalement, équipés d’une carte de route IFR, nous décidons de choisir la deuxième solution. Les deux vols qui nous attendent seront longs (3h30 et 3h00) et nous devrons faire face à une météo houleuse vers la frontière et en France. Nous ne savons pas si nous serons à Toussus le soir même… Après une heure de vol, nous arrivons dans la région de Madrid ; c’est alors que le contrôleur, sur un ton assez sec, nous informe que nous ne sommes pas autorisés à voler à cette altitude. En effet, tout occupé que nous étions à suivre notre « routier IFR » nous étions dans les zones de transit IFR et non VFR. Un peu gênés, nous nous excusons et nous descendons à une altitude plus raisonnable. Le contrôleur nous demande toutefois si nous sommes bien en possession des cartes de vol VFR. Sans perdre notre sans froid, nous continuons notre route en cherchant désespérément une carte…. Finalement, nous sortons de la zone avec le soulagement de ne pas avoir eu d’amendes ou été contraint d’atterrir pour un contrôle des documents. La fin du vol se fait au milieu des reliefs perdus dans les nuages. Nous entrevoyons au loin des nuages sombres, mais pas de quoi inquiéter la fin de notre vol. Les paysages sont accidentés et verdoyants. Nous survolons quelques villages et nous arrivons sur le terrain de San Sebastian. Juste de l’autre coté du port, la France. Pour la première fois depuis le début du voyage, nous nous attardons sur la météo très particulière de la région. On nous annonce des cumulonimbus aux environs de Bordeaux et un plafond très variable sur le trajet. Pour ce dernier vol Yoann et Julian sont dans le PA 28 et Aurélien Matthieu et Claude sont dans le C172. Le trajet se déroule à merveille et nous esquivons les nuages les plus menaçants. Nos avions dansent entre les nuages et filent droit vers Toussus le Noble. Une fois de plus, nous avons le vent dans le dos et, au bout de 3h00, nous passons le VOR de Rambouillet. Plus que 15 minutes et l’aventure se termine ! Nous arrivons à la verticale du point Sierra et nous préparons nos avions. Les roues touchent le sol et nous roulons jusqu’au parking. Le C172 est arrivé en premier et filme le PA28 sur ses derniers mètres. L’avion s’immobilise et le moteur est coupé. Fin du voyage… et déjà hâte de repartir pour de nouvelles aventures. C’est avec un sentiment étrange d’excitation due à la fin de notre périple et le coeur serré que nous plions nos affaires et regagnons la capitale, quittée « juste 12 jours » auparavant. Le bilan en quelques chiffres : 9000 Km, 50 heures de vol par avion, 12 jours de voyage. Un aller effectué avec des avions poussés à leur limite d’endurance et de capacité d’emport, tant en masse qu’en volume ; un retour de Saint-Louis en un temps record de 3 jours. C’est aussi 220 photos et 9h de film. Mais ce voyage, c’est surtout un contact avec des populations touchantes, des images plein les yeux, des souvenirs impérissables et l’impression d’avoir réalisé un exploit humain et technique : • Pour la première fois, des étudiants ont réussi à mener deux avions à St Louis du Sénégal, sans assistance et chargés au maximum de leur contenance, en terme de volume et de masse. Nous avons créé cet événement de A à Z sans aide extérieure. • Le matériel scolaire et médical a été transporté là où il devait l’être et notre trajet a été respecté ; nous avons même rapporté du courrier pour le Président d’un Lion’s Club de la région parisienne… la Route de l’Aéropostale est bouclée. En outre, nous avons visité trois dispensaires : des besoins sérieux se font sentir ; ils ont été recueillis et transmis à des jeunes qui veulent aussi s’investir en Afrique. • Enfin, nous revenons forts d’une expérience immense que tout pilote souhaite acquérir : nous avons dû faire face aux nombreux imprévus que comporte ce type de voyage (négociations de carburant, problèmes techniques, anecdotes en tout genre…). D’autre part, nous avons pu rentrer en contact avec les cultures mauritaniennes et sénégalaises. Nous avons tissé des liens étroits et forts avec nos hôtes : nous revenons conquis et transformés par ces 2 pays à l’hospitalité sans égale… si différente de la nôtre. Maintenant, il s’agit de continuer, on ne peut pas s’arrêter là ; notre coeur balance entre une traversée de l’Atlantique via l’Islande et le Groenland, et un tour d’Europe élargi vers la Syrie, Moscou… nous verrons bien, si Dieu le veut, « Inch’Allah » !
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