C'est avec Daniel Durbano que je découvre aujourd'huis le concept du « Flying boat », ses limitations opérationnelles et son étonnant capital de sympathie. A s'y méprendre, ça ressemble à une grosse annexe de voilier, type zodiac, sur lequel un bricoleur un peu fou aurait monté une aile de pendulaire. Les questions se bousculent: comment diable cela peut-il voler avec le maitre couple impressionnant dû à cette coque semi-gonflable ? Qu'en est-il de la finesse ? Et de la stabilité sur l'eau ? Et puis combien ça coûte ???
La structure est organisée comme suit : c'est effectivement un genre de petit zodiac, à coque semi-rigide, c'est-à-dire que le fond est en dur et que les boudins sont gonflables. Trois points permettent la jonction avec la strucure, qui est sensiblement differente de celle d'un pendulaire tradidionnel.
Le moteur est un 912 avec un démarreur électrique, option indispensable pour l'activité de baptêmes de l'air qu'exerce essentiellement Daniel avec cet appareil. Ensuite, il n'y a pas de pompe de cale, mais un bouchon dans le tableau arrière permettant de vider l'appareil lors de la course au décollage, à l'aide d'une commande par cable située place pilote. Sur ce même tableau est fixé le gouvernal marin, dont la surface assez faible semble pour autant très efficace. Ce gouvernail est orienté via une liaison par cable par les palonniers du pilote. Daniel a choisi de garder la direction en commande directe, comme sur les pendulaires traditionnels, afin de limiter les risques de confusion en passant d'une machine à l'autre.
Le gouvernail est maintenu en position basse par un élastique. Il se soulève en cas de contrainte, passage sur un cable de bouée par exemple. L'environnement marin dicte nombre de choix techniques sur cet appareil. Le pot d'échapement est en inox pour allonger sa durée de vie, qui sans cela n'exèderait pas un an. La voile, de 19m2 double surface, doit être changée une fois par an car fortement exposée aux UV. De même on trouve beaucoup d'inox dans la structure, où une atttention particuliere a été portée pour éviter les réactions d'oxydo-réduction entre les differents métaux. Grâce à un entretien rigoureux, l'appareil de Daniel est dans un superbe état.
A l'arrêt, la barre de contrôle est maintenue horizontale par un jeu d'élastiques qui la fixent à la structure. L'appareil se met alors naturellement face au vent, et l'on est assez surpris de voir qu'il ne semble pas vouloir se retourner, même avec le bon 10kt de brise de mer qui génère quelques vaguelettes dans le lagon.
Une fois à bord par contre, l'équation est moins evidente et le « flying boat » est très instable en roulis, ce qui est dû à la combinaison d'un centre de gravité élevé et de la largeur finalement assez faible de l'embarquation. Si à cela on rajoute un peu de vent de travers, ou des vaguelettes perpendiculaires au vent, cela devient vite sulfureux. Avec un peu de vent, une tierce personne est nécessaire pour tenir l'engin pendant que l'on y grimpe. Démarrage du moteur, puis vient la partie la plus « chaude »: le taxi et les manoeuvres sur la mer. Pas de freins sur l'eau, il faut donc gérer l'erre comme sur un bateau. Le vent complique bien les choses, et pour pouvoir se défendre en cas de vent de travers il n'y a que la vitesse, qui permet d'équilibrer la machine avec la portance de l'aile.
Une fois que l'équipier qui tient l'appareil nous relâche, tout se passe tres vite, un filet de gaz pour contrôler, les essais commandes, puis progressivement plein gaz, non sans s'etre assuré que la trajectoire d'envol est libre et qu'elle va la rester, une attention speciale devant etre portée aux vagues laissées par les speedboats. Le clapot d'une quinzaine de centimètres se fait à peine sentir. Barre à demi poussée, décollage, pallier d'accélération et nous voilà en l'air au dessus du lagon. Il nous aura fallu un peu plus d'une centaine de mètres. Daniel me passe les commandes un instant, juste le temps de voir que l'appareil semble en l'air se comporter de manière tout à fait standard. Nous volons à plus ou moins 70km/h. Quelques virages, un passage sur un hobbie cat et sur les deux dauphins qui barbottent dans la réserve en pleine eau de la baie... des coraux en forme de coeur, et nous revoila.
Pour l'approche, l'environnement est franchement hostile : deux bateaux tirant des parachutes ascensionnels, les speed boats, les bateaux qui emmènent les touristes faire du snorkling, sans oublier quelques kayaks. C'est une autoroute, sans veritable code, où concevoir une trajectoire saine semble tout sauf aisé. La remise de gaz est plus que jamais envisagée. Bref nous y voilà ! La finale s'effectuera paralèlle à la cote, vent quasi-travers, mais paralèlle aux vagues. Un palier de décéleration au raz de l'eau avec un filet de gaz, nous permet de préciser la zone de toucher. Lors de l'arrondi, Daniel touche d'abord avec le gouvernail marin afin de décraber l'appareil. Sur l'eau, tout se passe à une vitesse allucinante et nous sommes quasi arrêtés en 20 mètres. Mais pour éviter que la vague d'étrave ne nous rattrape et risque d'endommager l'hélice, il faut garder un peu de puissance. Slalom entre les bouées et les bateaux, on éteint le moteur, et sur notre erre nous nous arrêtons à un mètre de l'équipier qui nous attend.
Un voyage extraordinaire ! Pour moi, la réelle prise de conscience du professionnalisme et de la rigueur nécessaire pour évoluer avec ce type d'appareil, pas évident à manier sur l'eau dans un tel environnement.
Le kit, italien, se négocierait autour de 20 000€ sans options. Par rapport à un pendulaire équipé de coque biflotteur, l'appareil est moins stable en roulis mais bien plus tolérant par rapport au clapot, qui peut être plus important. En effet, dans le cas d'un pendulaire biflotteur, la toile joignant les deux flotteurs se tend lorsque l'on rencontre un clapot un peut fort, allant jusqu'à toucher l'hélice, ce qui peut l'endommager fortement.
Bilan sur ce « Flying boat »: une machine origniale et tres jouissive, mais à ne laissser sur mer qu'entre des mains expertes !
Vous pouvez retrouver le très sympathique Daniel Durbano sur le chenal situé en face de l'hôtel Ifora, sur la Playa de Jellyfish en République Dominicaine.